CharpentierMarc-Antoine Charpentier 1643-1704 est un Parisien dont la famille est originaire de Meaux – où était évêque, à la même époque, le très fameux orateur Bossuet. Bien que d'origine modeste (son arrière-grand-père était tanneur), sa famille s'élève rapidement dans la société et se met au service de la couronne et de l'Église.
Les documents sont rares sur son enfance et sa jeunesse. On sait qu'il vécut dans le quartier de Saint-Séverin, à Paris, puis qu'il ft à 22 ans un voyage à Rome, où il étudia auprès de Giacomo Carissimi (1605-1674), un maître de l'oratorio et de la mise en musique des histoires pieuses.
De retour à Paris en 1670, il rencontra un grand succès dans les milieux italianisants, et presque toute sa carrière se déroula auprès d'importants personnages de l'aristocratie et de la cour.
Il eut d'abord comme protectrice la Duchesse de Guise, qui entretenait dans son hôtel – où logeait Charpentier– un ensemble de musiciens et de chanteurs d'une grande qualité.
Lorsque Molière se fâche avec Lully, c'est à Charpentier qu'il demande de composer les musiques d e s e s comédies-ballets (comédies entrecoupées d'intermèdes musicaux accompagnés de danse). C'est ainsi que le 8 juillet 1672, La Comtesse d'Escarbagnas et Le Mariage forcé sont jouées au théâtre du Palais Royal avec des musiques de Charpentier en remplacement de celles de Lully.
L'Hôtel de Guise à Paris {Source : Gallica / BnF}
Le 30 août de cette même année, c'est le tour des Fâcheux (dont la musique est perdue), puis vient Psyché. Mais tout le talent de Charpentier se révèle dans Le Malade imaginaire, créé le 10 février 1673. Molière, cependant, meurt lors de la quatrième représentation. C'est alors que Lully intervient : il reproche publiquement à la troupe de Molière d'enfreindre les règles édictées par l'Académie Royale de musique (l'Opéra). Charpentier doit donc réviser ses partitions, afn de respecter le nombre de chanteurs et d'instrumentistes imposé par le surintendant de la Musique du roi.
Par la suite, il continue à composer pour la Troupe du roi (qui deviendra la « Comédie Française » en 1682), notamment pour des pièces de Corneille et des reprises de Molière – notamment une reprise du Malade imaginaire, à Versailles, en 1686.
À partir des années 1679-1680, où il est chargé de la musique religieuse du Dauphin, il ne revient plus guère au registre profane. Dans les années 1680 il exécute les commandes des religieuses de Port-Royal, à Paris (couvent janséniste) ainsi que celles des cisterciennes de l'Abbaye-aux-Bois : pour ces dernières il compose notamment de magnifques Leçons de ténèbres. La maladie l'empêche d'obtenir, en 1683, un poste important à la Chapelle royale, et les occasions lui manqueront, dès lors, d'accéder aux charges de la Cour. Il vit d'unepension royale, et répond à des commandes occasionnelles : ainsi de trois pièces composées au décès de la reine Marie-Thérèse, ou du Te Deum qui lui fut demandé pour « rendre grâces à Dieu du rétablissement de la santé du roi » (Gazette de France), en 1687.
Lorsque décède sa première protectrice, Mademoiselle de Guise, il se met au service des Jésuites parisiens et occupe le poste de maître de musique d'abord au collège Louis-le-Grand, puis à l'église Saint-Louis.
Son dernier poste, qu'il obtient en 1698, est celui de Maître des enfants à la Sainte- Chapelle du Palais (appelée ainsi parce que située dans ce qui était alors le Palais du roi), une institution d'une très grande importance.
Outre sa participation aux offices, il devait composer la musique des grandes cérémonies et enseigner le solfège, le plain-chant, la technique vocale, etc. aux enfants qui constituaient la maîtrise de la Sainte-Chapelle.
La Sainte-Chapelle, à Paris {Source : Gallica / BnF}
Pour Charpentier, cette dernière période est celle des chefs-d'œuvre, avec la messe Assumpta est Maria, l'histoire sacrée Judicium Salomonis et le Motet pour l'offertoire de la Messe Rouge. C'est dans sa maison de la Sainte-Chapelle qu'à sept heures du matin, le 24 février 1704, Charpentier s'éteint, âgé de soixante ans.